13.12.2007
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"Au fond, j’ai toujours cru que le christianisme avait été dénaturé au profit des mauvais instincts humains, afin de justifier les déviations intervenues dans l’accomplissement des commandements du Christ, le refus d’une révolution chrétienne, d’un bouleversement chrétien de toutes les valeurs. Non seulement le christianisme ne s’est pas réalisé sur cette terre, ce qu’on peut toujours expliquer par la tendance au péché de la nature humaine, mais encore il a été déformé jusque dans sa doctrine, jusque dans les racines de la dogmatique. Les « premiers » ont réussi à justifier leur situation en se servant des fondements de la doctrine chrétienne. L’invraisemblable inconscience des chrétiens est sans exemple dans l’Histoire. J’ai toujours conçu le christianisme comme la compassion, la pitié, le pardon, l’humanité. Et l’on a réussi à tirer du christianisme les conséquences les plus inhumaines, capables d’exciter les instincts les plus sadiques de l’homme. Je retourne au thème de l’ascension. L’un des chemins de l’ascension mène au point où l’être humain devient un « premier ». C’est ici qu’apparaît le paradoxe impossible à saisir du christianisme. Les « premiers », c'est-à-dire ceux qui ont atteint les sommets spirituels (je ne veux pas parler ici du cas élémentaire des « premiers » de l’aristocratie, de la richesse, du pouvoir...) deviennent les « derniers », il faut descendre, c’est là ce qu’exige l’amour agissant du prochain, l’amour des derniers selon la position qu’ils occupent. C’est pourquoi le christianisme est fondé sur la réunion du mouvement ascendant et du mouvement descendant, sur la liberté et sur la pitié, sur l’amour de la valeur et de la qualité et sur l’amour du prochain, sur l’amour des sommets divins et sur l’amour des « bas-fonds » douloureux.
Au cours de la défense de leurs avantages et de leurs désirs, les hommes se sont particulièrement signaler à déguiser et à « sublimer » leurs instincts originels de vengeance en sentiments chrétiens."
Essai d'autobiographie spirituelle - N. Berdiaev
17:15 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : religion, philosophie, christianisme, foi, spiritualité
15.10.2007
Monsieur le législateur
Monsieur le législateur,
Monsieur le législateur de la loi de 1916, agrémentée du décret de juillet 1917 sur les stupéfiants, tu es un con.
Ta loi ne sert qu'à embêter la pharmacie mondiale sans profit pour l'étiage toxicomaniaque de la nation parce que
1° Le nombre des toxicomanes qui s'approvisionnent chez le pharmacien est infime;
2° Les vrais toxicomanes ne s'approvisionnent pas chez le pharmacien;
3° Les toxicomanes qui s'approvisionnent chez le pharmacien sont tous des malades;
4° Le nombre des toxicomanes malades est infime par rapport à celui des toxicomanes voluptueux;
5° Les restrictions pharmaceutiques de la drogue ne gêneront jamais les toxicomanes voluptueux et organisés;
6° Il y aura toujours des fraudeurs;
7° Il y aura toujours des toxicomanes par vice de forme, par passion;
8° Les toxicomanes malades ont sur la société un droit imprescriptible, qui est celui qu'on leur foute la paix.
C'est avant tout une question de conscience.
La loi sur les stupéfiants met entre les mains de l'inspecteur-usurpateur de la santé publique le droit de disposer de la douleur des hommes: c'est une prétention singulière de la médecine moderne que de vouloir dicter ses devoirs à la conscience de chacun.
Tous les bêlements de la charte officielle sont sans pouvoir d'action contre ce fait de conscience: à savoir, que, plus encore de la mort, je suis le maître de ma douleur. Tout homme est juge, et juge exclusif, de la quantité de douleur physique, ou encore de la vacuité mentale qu'il peut honnêtement supporter.
Lucidité ou non lucidité, il y a une lucidité que nulle maladie ne m'enlèvera jamais, c'est celle qui me dicte le sentiment de ma vie physique. Et si j'ai perdu ma lucidité, la médecine n'a qu'une chose à faire, c'est de me donner les substances qui me permettent de recouvrer l'usage de cette lucidité.
Messieurs les dictateurs de l'école pharmaceutique de France, vous êtes des cuistres rognés: il y a une chose que vous devriez mieux mesurer; c'est que l'opium est cette imprescriptible et impérieuse substance qui permet de rentrer dans la vie de leur âme à ceux qui ont eu le malheur de l'avoir perdue.
Il y a un mal contre lequel l'opium est souverain et ce mal s'appelle l'Angoisse, dans sa forme mentale, médicale, physiologique, logique ou pharmaceutique, comme vous voudrez.
L'Angoisse qui fait les fous.
L'Angoisse qui fait les suicidés.
L'Angoisse qui fait les damnés.
L'Angoisse que la médecine ne connaît pas.
L'Angoisse que votre docteur n'entend pas.
L'Angoisse qui lèse la vie.
L'Angoisse qui pince la corde ombilicale de la vie.
Par votre loi inique vous mettez entre les mains de gens en qui je n'ai aucune espèce de confiance, cons en médecine, pharmaciens en fumier, juges en malfaçon, docteurs, sages-femmes, inspecteurs-doctoraux, le droit le disposer de mon angoisse, d'une angoisse en moi aussi fine que les aiguilles de toutes les boussoles de l'enfer.
Tremblements du corps ou de l'âme, il n'existe pas de sismographe humain qui permette à qui me regarde d'arriver à une évaluation de ma douleur précise, de celle, foudroyante, de mon esprit!
Toute la science hasardeuse des hommes n'est pas supérieure à la connaissance immédiate que je puis avoir de mon être. Je suis seul juge de ce qui est en moi.
Rentrez dans vos greniers, médicales punaises, et toi aussi, Monsieur le Législateur Moutonnier, ce n'est pas par amour des hommes que tu délires, c'est par tradition d'imbécillité. Ton ignorance de ce que c'est un homme n'a 'égale que ta sottise à la limiter.
Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi.
Antonin Artaud
21:45 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : poésie, loi, état, société, littérature
04.10.2007
Aux engrenages (2)
« Un conte Molussien raconte l’histoire d’une méchante fée qui guérit un aveugle, non pas en lui dessillant les yeux mais en lui infligeant une cécité supplémentaire : elle le rendit également aveugle à l’existence de son infirmité et lui fit oublier à quoi ressemblait la réalité- elle obtint ce résultat en lui envoyant sans cesse de nouveaux rêves. »
L'obsolescence de l'homme - Gunther Anders
23:00 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, philosophie, littérature
Aux engrenages
"Chaque jour, un nouvel instrument
Toujours plus beau sort des automates,
Nous sommes les seuls à avoir été ratés,
les seuls à avoir été créé obsolètes.
Conçus et dépassés
Bien trop tôt pour d’obscures raisons,
Nous sommes là, alors qu’il est déjà tard,
Inadaptés à ce monde.
Aucune chance pour nous de garder la tête haute
Dans la société des choses bien adaptées,
Aux seules choses est permise la confiance en soi,
Aux seuls instruments est permise la fierté."
Extrait de Hymnes molussiens à l’industrie – Gunther Anders
22:05 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
23.09.2007
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« A ceux qui passent une profondeur effroyable, on ordonne de clorre ou de destourner leurs yeux ».
Montaigne
12:25 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : écriture
17.09.2007
Servitude et simulacre
« Les « pomos* » français d’aujourd’hui ont en commun avec leurs ainés maoïstes des années 70, le goût du pouvoir : comme eux, ils se croient légitimés à parler au nom du peuple. Prétendant défendre les opprimés, lutter contre le sexisme, le racisme et l’impérialisme, leurs représentants soutiennent le pire archaïsme politique et la plus sanglante barbarie religieuse. Dans trente ans, après avoir été cooptés par un système qui a sans cesse besoin de nouveaux menteurs, les vieux « pomos » justifieront leur défense de l’aliénation religieuse et leur récusation de la science comme un droit à la différence et leur apologie du communautarisme comme une actualisation du combat anti-impérialiste. Dans trente ans, ils affirmeront qu’on ne pouvait penser différemment ni s’engager autrement sous peine d’être qualifiés de réactionnaires. Ce livre tente de prouver le contraire. »
Jordi Vidal – Servitude et simulacre
* les philosophes postmodernes
00:30 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : société, livres, politique, postmoderne, philosophie
09.09.2007
Doute
« Un doute qui mettrait tout en doute ne serait pas un doute. »
Wittgenstein11:55 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
26.08.2007
Dans tout homme qui parle
"Dans tout homme qui parle, il y a ce qu’il dit et ce qui se comprend, et ce qu’il ne dit pas et qui le fait dire. Mais il y a aussi ce qu’il dit sans le savoir parce qu’il est inconscient de l’inconscient qui mène son discours. Que reste-t-il de l’information après ce décapage acide ? Il ne reste guère plus qu’un système nerveux, bourré jusqu’à l’indigestion de tous les préjugés du monde, motivé par son égoïsme inné et qui camoufle cet abîme d’inconscience sous l’apparente logique du langage."
L’homme et la ville - Henri Laborit
23:10 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, langage, société
19.06.2007
Idolâtrie et fanatisme
« La plénitude de la révélation chrétienne quant au Dieu-Humanité, quant à l’amour et à la liberté, n’est que difficilement accueillie. Le fanatique n’en comprend pas le mystère, et la liberté constitue pour lui une limite infranchissable. Si fier qu’il soit de sa foi religieuse, il est celui qui a le moins de la perfection du Père Céleste ; car Dieu tolère le mal et les méchants, et fonde son dessein du monde et de l’homme sur la liberté, sans laquelle nul bien, nulle vertu, nulle foi et nulle piété ne l’intéressent. On n’est pas suffisamment attentif à l’égard de la tolérance que Dieu manifeste vis-à-vis du mal et des méchants, alors qu’en réalité elle a une valeur ontologique. La tolérance n’est pas une indifférence à l’égard du bien et du mal, elle est l’amour de la liberté et l’amour de l’humanité, elle témoigne d’une sollicitude à l’égard des âmes humaines, de leur voie vitale toujours complexe et torturante. Le fanatique est un homme incapable d’accueillir plus d’une pensée à la fois, qui regarde droit devant lui, sans apercevoir à droite et à gauche toute la complexité et la diversité du monde divin. Dévoué d’une manière illimitée à l’idée qu’il se fait de Dieu, il perd, pour ainsi dire, la capacité de contempler le Dieu vivant. […] L’aspiration à la plénitude de la vie est un impératif éthique, qui n’est jamais pratiqué par le fanatique. Le maximalisme éthique est un mensonge, du fait qu’il est fondé sur l’obsession d’une idée quelconque, au détriment de la plénitude de la vie. Le principe paradoxal de l’éthique pourrait se formuler de la manière suivante : - dans ton aspiration à la perfection, ne vise pas à ce que le principe moral prédomine par lui-même, aspire à la plénitude parfaite. Le fanatique peut manifester une activité illimitée, mais il est l’ennemi de la vie, qu’il ne voit pas et qu’il mutile. L’ascèse comporte une part de vérité, dont la vie morale ne saurait se passer, mais le fanatisme qui en relève correspond à une haine de la vie et à une hostilité envers les êtres vivants. Et on pourrait en dire autant du fanatisme religieux. Toutes les idées, en somme, dégénèrent en une source d’obsession fanatique. Et lorsque cette dégénération s’est produite, le Dieu vivant, la perfection, la justice, la liberté, la science, l’amour vivant disparaissent, car tout ce qui est vivant n’existe que dans la plénitude, dans corrélations harmonieuses de tout et des parties, et toute valeur érigée en idole devient mensonge. »
De la destination de l’homme – N. Berdiaev
22:50 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : religion, fanatisme, intégrisme, Dieu, liberté, amour, spiritualité
30.05.2007
Démence collective
« La démence, chez l’individu, est quelque chose de rare, - chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c’est la règle. »
Par delà le bien et le mal - Nietzsche21:30 Publié dans Citations et engouements | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, nietzsche, politique



